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lundi 25 juillet 2011


La guerre est terminée, mais Marcel Mougneau est encore mobilisé.


Ernestine lui écrit plusieurs lettres. Marcel envoie des cartes postales de Somsois (Marne), puis de Wassy. La correspondance continue.


Marcel Mougneau n'est revenu à Neuilly (Nièvre) que le 22 mars 1919.


Ernestine Guenot et Marcel Mougneau se sont mariés à Neuilly le 15 novembre 1919.


Marcel Mougneau est décédé en 1969, son épouse en 1982. Ils sont enterrés tous les deux au cimetière de Neuilly.



Ces documents, achetés par hasard à une Bourse aux Timbres et Cartes Postales, m'ont permis de retracer la guerre vécue, semaine après semaine, par un couple de Nivernais.


Ce blog va s'arrêter. Quelques photos supplémentaires seront mises en ligne dans les jours qui viennent.


En septembre 2011, un autre blog commencera, consacré à une autre correspondance de guerre, que j'ai retrouvée et transcrite récemment. Il retracera la guerre de Lucien Peronnet, classe 1914, caporal au 5e Régiment du Génie ; c'était mon grand-oncle.






E 136 – Lettre décorée. A toi mes pensées.






Dimanche 10 novembre 1918
Mon petit Marcel bien chéri
Bien heureuse de pouvoir t’écrire en ce jour tant désiré. La voilà la fin de cette malheureuse guerre. Je crois de ce moment qu’il y a suspension d’armes et bientôt, je pense, tu me reviendras plein de joie. Mon bien cher Marcel chéri et bien aimé, hier samedi j’ai reçu ta carte chérie, malgré qu’elle me dit peu de choses ;avec la plus grande joie j’ai lu tes chères paroles si attendues, en pensant que bientôt j’aurai le bonheur de te voir auprès de moi et ne plus penser à cette séparation qui faisait tant souffrir. Mon petit Marcel bien aimé, non, cette fois tu n’y passeras pas l’hiver, que tant de fois je me suis dit que tu avais froid ; mes pensées te suivaient toujours et partout. Enfin, mon bien aimé, ce vilain cauchemar est peut-être fini à cette heure. Cette fois, je t’attends avec le plus grand plaisir.
Mon petit Marcel chéri, mademoiselle Mourry d’Olcy était bien pressée de se marier ; le jour était fixé au 16 novembre et c’était avec un charbonnier ; elle lui avait fait connaissance quand il travaillait dans les bois, mais comme tous les autres il était sur le front et il a été blessé dernièrement dans les reins et il avait écrit que sa blessure n’était pas grave ; mais il a réécrit ces jours derniers qu’il fallait remettre le mariage à plus tard, peut-être au mois de janvier. Ici le temps est à peu près doux ; aujourd’hui la pluie tombe.
En attendant l’heure de se revoir bientôt, reçois de ta petite chérie ses meilleurs baisers et mille caresses. Ta petite Ernestine.

E 135 – Lettre décorée. Loin des yeux, près du cœur.




Mardi 5 novembre 1918
Mon bien cher petit Marcel bien aimé
Combien de fois je me dis dans ma tendresse les peines et les souffrances que tu endures, être et si mal et toujours dans la crainte ! Mais il faut encore mieux être gêné que de t’exposer. Mon petit Marcel chéri, encore un peu de patience et je crois que la délivrance est proche, car voilà que les boches sont seuls et on parle beaucoup de l’abdication du kaiser ; enfin ça ne sera peut-être plus qu’une question de jours.
Mon bien aimé, j’ai reçu ta simple petite lettre chérie samedi, que j’ai lue avec tristesse en me joignant à toi dans ces moments de souffrance, non pas pour t’aider à les supporter, j’en suis bien impuissante, mais pour adoucir tes peines de cœur, si je le pouvais. Mon petit Marcel bien aimé, demain j’attends une longue lettre de toi, non pas pour me dire que bientôt tu seras auprès de moi, car il pourrait bien encore s’écouler quelques semaines. C’est avec impatience que j’attends cet heureux jour qui bientôt comblera nos vœux.
Mon bien aimé, encore bien heureux qu’il ne fait pas froid ; ici le temps est doux pour la saison.
En attendant cette heure de ta délivrance, reçois de ta petite chérie ses meilleures amitiés, ses plus douces caresses et mille bons baisers. Ta petite fiancée Ernestine.
Parrain et Marraine se joignent à moi pour t’embrasser de tout cœur.

E 134 – Lettre décorée.




Jeudi 4 novembre 1918
Mon bien cher Marcel chéri
Comme toujours c’est avec le plus grand plaisir que j’ai reçu ta carte chérie hier, avec ses paroles si touchantes à mon cœur, mais aussi avec peine en voyant que tu n’as pas encore reçu ma lettre du 23 jeudi, dans laquelle je t’avais joint un billet de 5 F. Mon Marcel bien aimé, non, encore une fois, on n’est pas encore assez privé de ne pas se voir [sic], il faut que tu sois privé de tes chères lettres, qui font la joie de ton cœur chéri pendant un petit moment, moi qui les fais toujours le même jour, [de] crainte de te laisser dans l’attente.
Mon Marcel bien chéri, oui, je me dis que tu t’ennuies beaucoup en attendant le jour de ta prochaine permission, et si seulement elle n’est pas encore plus éloignée ; toujours attendre ce jour pour venir adoucir tes peines vers celle que ton cœur aime et pour te faire ressentir que mon cœur est à l’unisson du tien. Mon bien aimé, je te dirai aussi que marraine va un peu mieux, mais elle ne peut toujours pas mettre son pied par terre.
Mon Marcel chéri, je vais te dire que Lucien Hardy est blessé à la jambe gauche et Georges Carré a la mâchoire fracassée et une balle dans le bras. C’est bien malheureux.
En attendant le plaisir de te revoir, à bientôt. Reçois de ta petite Ernestine qui t’aime bien ses meilleures amitiés et ses plus doux baisers. Ernestine.
Parrain et Marraine se joignent à moi pour t’embrasser de tout cœur et bien des fois.

E 133 – Lettre décorée. Mon cœur est avec toi.





Jeudi 31 octobre 1918
Mon bien cher petit Marcel
Aujourd’hui jeudi, veille de la fête de tous les Saints, je viens à toi dans ce moment si douloureux, non pas pour t’exprimer mes pensées parce qu’elles sont troublées en te voyant tant dans la misère. Aujourd’hui j’ai reçu ta simple petite carte chérie qui me dit que tu te portes bien, et je désire de tout mon cœur qu’il en soit toujours ainsi. Mon bien aimé, malgré tous nos ennuis, je vis toujours avec cette ferme espérance que bientôt tu me seras rendu et c’est avec la plus grande joie que j’attends cet heureux jour ; mais avant peut-être encore bien des peines, il te faut du courage, avec la protection de Dieu, qui te protégera pour l’avenir comme pour le passé dans tous ces dangers.
Mon bien cher petit Marcel bien chéri, recevras-tu mes lettres ? Jeudi je t’ai écrit, dimanche et encore aujourd’hui : cela fait trois de parties et j’attends une longue lettre de toi dans trois jours.
Mon bien aimé, je vais te dire que M. Mitton de Saint-Révérien est décédé à l’hôpital de Commercy. Ici il fait beau temps, le soleil toute la journée, et le temps doux. Je ne vois plus rien à te dire. Je termine en me joignant à toi, mon petit Marcel chéri, pour t’embrasser bien fort de tout cœur et bien des fois.
Ta petite fiancée chérie qui t’aime. Ernestine.
Parrain et Marraine se joignent à moi pour t’envoyer bien le bonjour et d’affectueux baisers.

dimanche 17 juillet 2011

E 132 – Lettre décorée. Bon Souvenir.





Jeudi 24 octobre 1918
Mon petit Marcel chéri et bien aimé
Un petit moment d’entretien avec toi pour te renouveler les douces paroles de ta bien aimée et te faire ressentir combien tu es chéri de son cœur et te donner un peu de joie dans tes moments de tristesse, mais mon petit Marcel chéri, de courte durée ; on retombe toujours dans ces tristes pensées. Moi, en recevant tes cartes chéries, où tu me dis qu’elles ne sont pas belles. Oh ! si, elles sont bien jolies et ces gravures d’amitié qui font tant plaisir à des cœurs bien unis ; et elles sont toutes belles puisqu’elles me viennent de mon petit Marcel chéri. Et en les lisant la douleur s’y joint de te voir dans de si tristes positions au gré de tous les temps. Mon petit Marcel bien aimé, toujours te dire la même chose qu’on ne peut oublier malgré tout ; prenons courage et espérons que bientôt nos peines si dures seront récompensées. Mon bien cher petit Marcel chéri, tu me demandes ce que l’on dit de la guerre ; il y en a qui disent qu’il faudrait aller en Allemagne pour tout le mal qu’ils nous ont fait, d’autres qui disent une fois hors de France de les laisser tranquilles et de leur faire payer tous les dégâts et la paix pour toujours ; mais je crois qu’elle va se terminer bientôt quand même, vu ce que l’on dit qu’on avance beaucoup ; ça serait grand temps. Moi aussi, je dis la paix et mon petit Marcel chéri auprès de moi. Mon bien aimé Parrain a vendu son veau hier un bon prix, je crois 1000 F et livré dimanche à Brinon. On ne croyait jamais de le vendre ce prix-là.
Ici la température s’est bien adoucie, la pluie a tombé mardi mais, aujourd’hui et hier il fait bon. Je ne vois plus rien à te dire. Je termine en t’embrassant bien fort et mille fois. Celle qui pense à toi. Ta petite fiancée qui t ‘aime. Ernestine.
Parrain et Marraine se joignent à moi pour t’embrasser de tout cœur et bien des fois.

M 131 - C.P. Delle (frontière franco-suisse). L’intérieur de l’église.


Je n’ai pas encore reçu la lettre de ma bonne mère de dimanche. Embrasse-la bien pour moi. Quand elle t‘embrasse, jure-moi de ne pas te plaindre.
Samedi le 10-9-1918
Ma bien chère petite Ernestine bien chérie et bien aimée
Plus que probable, cette carte aura un jour de retard, car je pense qu’elle [ne] partira que demain. Tu le sais, ma petite chérie, j’ai quitté les Américains jeudi dans la soirée ; nous avons couché au C. de C. la nuit et hier matin nous sommes montés en ligne, ma section devant changer de place, ce matin nous avons couché au P.C. de Commandement et ce matin rejoint notre place et, par cause de déménagement, ma lettre n’a pu partir pour la soupe du matin. Ma petite Ernestine bien chérie, tu y sens [sic] on est très bien, le secteur reste calme. Je te dirai que j’ai acheté aux Américains un imperméable au prix de 10 frs. Je regrette de ne pas en avoir d’autre, et aussi des souliers qui sont vendus au même prix et neufs, seulement il aurait fallu faire les achats les premiers jours, pas comme j’ai fait pour le premier. Beaucoup étaient dépourvus d’argent, n’ayant pas touché leur paye de juin et juillet. En outre, le soldat gagne 7 francs par jour, mais doit verser je crois un franc par jour pour une assurance contre la mort. Ma petite chérie, les derniers jours ayant rentré, ils n’épargnent guère, ils n’étaient pas plus regardants pour boire une bouteille de champagne à 15 francs pour les Français. Le café où mon lieutenant couchait a vendu un soir de 6 h à 7 h pour 600 francs de champagne, et peut-être autant d’autres boissons. La santé est parfaite, le temps toujours moyen, jeudi il a fait chaud. Je te quitte, ma petite chérie, en t’embrassant mille et mille fois.
Embrasse P. et M. pour moi. Marcel.